Siège électrique, 5 ans plus tard

 

Les premiers membres de chaque commando prirent place autour de chaque cible et neutralisèrent les rares techniciens présents, puis, en communiquant par gestes, firent entrer les troupes. Exactement au même moment, tous les centraux électriques, ainsi que toutes les lignes de transport d’énergie, furent détruits par des explosions  discrètes qui illuminèrent brièvement le ciel. Au milieu de la nuit, rares furent les citadins à s’apercevoir immédiatement de la défaillance.

Les mêmes équipes, les mêmes techniques, prenaient une fois de plus possession d’une bourgade qui devait être protégée à tout prix, mise sous scellés immédiats. Ils avaient entretemps appris, toutefois, que les media faisaient partie de l’ennemi, et avaient appris à poser une chape de plomb sur leurs opérations.

Celle-ci, pour eux, faisait quasiment partie de la routine, voire de l’entraînement. Leurs supérieurs, bien sûr, les avaient tancés à l’avance sur la moindre suspection de fuite, le moindre passage non couvert, la moindre hésitation en face d’une attaque, qu’elle vînt d’en face ou de dos. Lorsqu’ils étaient entre eux, entre professionnels militaires, ils n’échangeaient jamais la moindre information superflue. Le bruit courait néanmoins que leur présence sur ce terrain d’opérations était liée au passage d’une météorite. Ou à la chute d’une météorite, nul ne possédait plus d’informations que ce qu’en annonçaient les télévisions –au demeurant avec fort peu de conviction. Les ordres furent encore énoncés plus strictement lorsqu’il apparut qu’une caméra de suveillance d’un particulier avait capté la météorite. Eux ne cherchaient pas la raison de leur présence en ces lieux : ils bouclaient l’espace terrestre et aérien, et c’était simplement leur mission actuelle.

Rares furent les visiteurs durant cette mission. Touristes et media furent sobrement refoulés –les images des hommes armés et cagoulés qui gardaient le site, arme en position de tir, firent immédiatement le buzz sur tous les support. Quelques véhicules toutefois, accompagnés de convois armés et accrédités, au minimum, par un général de brigade, furent admis à pénétrer dans la commune assiégée. Si les journalistes filmèrent à satiété l’exécution des procédures militaires d’admission, ils ne purent obtenir, de quelque source que ce soit, l’identité des visiteurs qui avaient été admis. Leurs interlocuteurs ignoraient tout de cette opération, ou étaient liés par le secret professionnel et en réfutaient presque l’existence.

Durant ce temps, deux présidents se regardaient en chiens de faïence. Chacun d’eux espérait la réussite de cette opération, avec une ferveur qui se rattachait à un pourcentage : 30% pour l’un, 70% pour l’autre.

Il n’y avait pas à dire, le Président de la République Française, malgré sa taille ridicule, savait gérer une affaire. Il en avait les moyens, aussi… En face de lui, le P-D.G. du Centre National de la Recherche Scientifique avait tenté un pari énorme, dangereux pour son institution, et dont le résultat dépendait de ce qui se passait en moment sur le terrain. Si « les mecs », comme il les appelait dans sa tête, ne s’étaient trompés nulle part, il était en passe de devenir le patron du plus riche centre de recherches de la planète. Mis à part des émoluments à la hauteur de sa responsabilité –ou une sanction pire encore, il ne recherchait rien de personnel lorsqu’il avait téléphoné à son ministre de tutelle.

Les scientifiques n’avaient pas anticipé l’interception de la météorite par la gravité terrestre. Elle était trop petite pour représenter un danger réel, et tournoyait au sein d’un nuage de rochers de mêmes dimensions. Ils avaient par contre immédiatement analysé l’objet, dès son entrée dans l’atmosphère, étudié son orbite, avaient prévu son point d’atterrissage approximatif et avaient communiqué ces informations au sein de rapports qui remontèrent la hiérarchie à la vitesse de la lumière. Leurs calculs mettaient en évidence deux défauts. Indépendamment l’un de l’autre, aucun n’aurait attiré l’attention. Conjointement, ils appelaient à une conclusion quasiment unanime. La météorite était composée de douze tonnes d’or, et on pouvait s’attendre à l’or le plus pur qui soit.

 

Lorsque les dernier militaires levèrent le camp, quelques semaines plus tard, ils laissaient derrière eux une commune anéantie, repliée sur elle-même, exsangue, et une immense carrière fraîchement creusée du fond de laquelle une météorite énorme, encore chaude, venait d’être acheminée vers des fonderies secrètes.

nouvelle

31/07/2011

Mentions légales et conditions d'exploitation

http://www.pollux-sautereau.com/ecrit/siege-electrique-5-ans-plus-tard
Conditions d'utilisations définies à http://www.pollux-sautereau.com/mentions/legales
26/09/18